ANTHONY MANN, LA CRITIQUE DE JONATHAN

ANTHONY MANN, LA CRITIQUE DE JONATHAN


A découvrir chez JM Vidéo, cette ressortie dans une superbe édition Blu-Ray/DVD. Avec "Strange Impersonation", "L'Engrenage fatal" et "Desperate", quasiment tous sortis cette même année 1947, "La Brigade du Suicide" est un des premiers films noirs d’Anthony Mann, et sûrement le plus brillant de cette première fournée que les classiques à venir du cinéaste (notamment dans le domaine du western) auront placé dans l'ombre. Assez satisfait de ce qui sera son premier gros succès critique et commercial, ce qui élèvera le film au-delà de son statut de simple série B indépendante et bousculera un peu Hollywood, le cinéaste le considère comme son premier « vrai film », dans le sens ou il a eu les rennes de A à Z et il fait ce qu'il a voulu faire (et il l'a bien fait), sous la houlette d'une nouvelle société de production désireuse de faire de la série B de qualité.

Intitulé "T-Men" en VO pour Treasure-Men (désignant les agents du Département du Trésor) et produit en indépendant en marge des grands studios, "La Brigade du Suicide" se range parmi les polars pro-policier de l’époque, vantant les mérites des forces de l’ordre et des agents du Trésor, le courage de ces héros de l’ombre qui se sacrifient pour faire régner l’ordre et protéger les citoyens. Cette glorification se fait notamment par l’intermédiaire d’une voix off martiale très (trop) présente au début, d’une présentation solennelle par un illustre professionnel (Elmer Lincoln Irey lui-même, l'homme qui a coincé Al Capone pour fraude fiscale grâce à une opération d'infiltration) des différents services luttant contre les crimes d’ordre financier (fraude, trafic, faux-monnayeurs...), ou encore d’un générique de fin se déroulant sur fond de sigle de la justice.



Mais passé cette contrainte de commande, qui faisait finalement partie du cahier des charges de la plupart des films policiers des années 40 (en opposition aux films de gangsters de la même époque), et après un début un peu laborieux destiné à vendre les bienfaits du Département du Trésor, "La Brigade du Suicide" va se révéler très intéressant et surtout très captivant, le cinéaste transformant une commande en un film noir violent et impitoyable.



Le récit va suivre avec minutie deux flics qui s’infiltrent dans la pègre afin de démanteler un réseau de trafiquants de faux billets. Ils vont ainsi gravir les échelons, rencontrer le boss, puis le boss du boss, et le boss du boss du boss etc.

Ayant effectué un gros travail de recherche pour cette histoire, qui serait inspirée d’une réelle affaire, Anthony Mann va adopter une approche quasi-documentaire (ce que laisse indiquer le carton d’introduction, précisant que la banque nationale a donné la permission de filmer de vrais faux billets et qu’il est strictement interdit de les reproduire) mais dans un pur style de film noir, magnifié par la photographie du grand John Alton (qui entamait là une riche collaboration avec le cinéaste) et une mise en scène rigoureuse et toujours significative voire symbolique : contrastes somptueux (silhouettes ou visages sortant de l’obscurité), jeux sur les plongées et les contre-plongées avec une caméra parfois au ras du sol (par exemple pour filmer sous un lavabo), clair-obscur surprenants (voir les scènes presque surnaturelles dans les bains turcs), montage au cordeau, très gros plans sur les visages alternant avec des ombres en plans larges…le tout dans des décors urbains inquiétants (des bas-fonds ténébreux aux appartements exigus), en extérieurs naturels (peu de tournage en studio ici), de Detroit à New-York en passant par Los Angeles. L’atmosphère se fait de plus en plus sombre au fur et à mesure que les deux protagonistes évoluent au sein de la pègre comme s’ils s’enfonçaient dans des sables mouvants. L'esthétique rappelle celle de Jacques Tourneur et l’expressionnisme allemand, mais avec plus de réalisme.



De plus, en vantant les mérites des policiers, le film se permet une certaine brutalité (le meurtre dans le sauna qui renvoie à celui d’Anthony Zerbe dans le James Bond "Permis de Tuer", le passage à tabac du héros...) et des scènes de tension assez intenses et même poignantes (le flic qui doit faire semblant de ne pas connaitre sa femme, le héros obligé de voir son camarade infiltré se faire abattre devant ses yeux sans pouvoir rien faire…) en dépit du Code Hays alors instauré. Le film étant soutenu par le Département du Trésor, les dirigeants du Code Hays ont accepté sans trop de difficultés les quelques débordements (ils tiquaient principalement sur la scène du meurtre de l'agent et ont obtenu que celui-ci soit hors-champs). Pas d’allusions sexuelles ici (encore qu’on pourrait en voir d’ordre homosexuel dans les scènes du sauna), mais l’un des rares personnages féminins sera celui d’une des têtes de la pègre (jouée par Jane Randolph, vue dans "La Féline" de Tourneur, "La Malédiction des hommes-chats" de Robert Wise ou "Le Faucon pris au Piège" de Dmytryk), et un autre celui d’une balance pour la pègre. Le seul personnage féminin romantique, l'épouse de l'agent, n'apparait que quelques secondes mais sera grandement mis en valeur lors de la campagne promotionnelle du film.



Pas de stars au générique mais une flopée de tronches charismatiques et notamment chez les gangsters (Charles McGraw et son côté Kirk Douglas, Jack Overman et ses airs à la James Gandolfini, Wallace Ford mémorable dans le rôle du « Combinard »…). En flic infiltré rentre-dedans, l’oublié Dennis O'Keefe (qui joue également le rôle principal du film noir suivant de Mann, "Marché de brutes") y traine son physique aussi imposant que passe-partout façon Dana Andrews ou Van Heflin, donc aussi crédible en flic qu’en gangster, en type sympa qu'en brute épaisse, aussi rugueux que bestial.



L’ascension des deux agents au sein de ce réseau criminel est aussi crédible qu’implacable, et le suspense se fait de plus en plus oppressant. Dégraissé comme toute bonne série B de l'époque (et comme toute bonne série B tout court), mais ici une série B de première classe, "La Brigade du Suicide" est peut-être un des premiers grands films d'infiltration, même s'il ne remet jamais en question l'intégrité de ses flics infiltrés (qui ne sont pas une seule fois tentés de passer de l'autre côté de la loi, malgré le comportement de brute du personnage joué par O'Keefe) comme dans de nombreux films du genre qui suivront.





Publié le 06 juillet 2022 Facebook Twitter

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